14-02-2010, 17:55
(14-02-2010, 14:31)Ekis a écrit : Cela dit : au travers de ton opinion extérieure, donc, que proposerais tu ? Concrètement.Hummm, très juste question, très dure aussi parce que je suis loin de maîtriser tous les tenants et aboutissants de la question. Mais ta question est légitime, je vais donc tenter, à défaut d'avoir la solution miracle, de donner grosso modo une manière de faire qui me semblerait un peu meilleure.
Encore une fois, c'est juste un exercice de style : tu n'as pas plus de pouvoir que moi, pas plus de responsabilités, mais ton opinion et ta vision m'intéresse.
A mon avis, on a toujours plus ou moins tendance à regarder les banlieues comme "la chose à traiter", c'est un objet d'intérêt ou de désintérêt, on regarde la banlieue, il faut aider les banlieues, on réprime les débordements en banlieue, etc.
Mais la banlieue, comprenez ses habitants, ne sont presque jamais placés en acteurs, on ne les encourage que rarement à agir, à exprimer leurs idées, à prendre des initiatives.
Pour réduire la violences dans les quartiers "chauds" et améliorer la vie dans les banlieues, il y a pour moi, grosso modo, deux attitudes :
La tendance de gauche, c'est qu'il faut apporter des moyens financiers, développer des espaces culturels, etc., et que cela va désenclaver les quartiers, et que tout ira mieux.
La tendance de droite, c'est de penser qu'en montrant une sévérité exemplaire sur les crimes et délits, qu'il n'y a pas d'impunité, on fera rentrer les délinquants dans le droit chemin, et que tout ira mieux.
Bien sûr, les politiques au pouvoir ne font jamais tout l'un ou tout l'autre, ils composent avec la réalité, et la barre penche seulement plus ou moins d'un côté ou de l'autre en fonction du camp au pouvoir.
Je vais essayer d'expliquer rapidement ce qui me déplaît fortement dans cette "tendance de droite", puis ce qui semble manquer dans celle "de gauche".
Réprimer la violence de manière systématique et en faire une règle me semble mauvais pour deux raisons. D'abord, et on le voit depuis des années, c'est inefficace, parce que la traque à la délinquance crée chez les jeunes un sentiment de persécution, et ne fait que dresser la police contre les jeunes et augmenter les animosités. Ensuite, parce que cette tendance à purger le mal est dangereuse pour les droits des citoyens. Caméras, fichage, contrôles d'identité systématiques si votre tête ne cadre pas avec le paysage, multiplication et durcissement des lois pénales, j'en passe, le dispositif de contrôle est toujours plus étoffé et les pouvoirs attribués à la police toujours plus grand. Tous les policiers ne sont pas des tyrans en puissance, mais de fait ces moyens d'action toujours plus importants qui leur sont donnés entraîne une diminution des libertés fondamentales des citoyens, chose que je crois très grave.
De l'autre côté, je crois que soutenir financièrement les banlieues, d'aider leur développement, de "désenclaver" la banlieue, c'est effectivement nécessaire, c'est un bon chemin pour retisser le "fameux" lien social. D'ailleurs, la police de proximité du gouvernement Jospin, supprimée en grande pompe par Notre Président Bien-Aimé qui avait tenu un discours tranché sur la question, disant en substance que les policiers n'étaient pas là pour faire ami-ami avec les racailles, a été plus ou moins rétablie sous le nom d'UTEQ, parce qu'on a réalisé la nécessité de ce rapport différent entre les jeunes et la police. Donc oui, essayons le plus possible de donner plus de chances aux jeunes et à la population des banlieues pour s'intégrer, mais je ne pense pas que ça soit non plus la solution miracle. Je crois que ce qui manque souvent dans ce genre de politique, c'est d'inciter les jeunes à prendre les choses en main. Bien, on vous apporte des structures, mais ça a un léger arrière-goût de soutien au Tiers Monde (je caricature). On vous apporte notre argent, nos écoles, nos commerces, et puis soyez heureux, merde. Non, pour moi il faut aussi inciter les jeunes à ne pas tout attendre des politiques, que s'ils veulent montrer qu'ils valent mieux que les bourges encravatés, ils doivent le prouver, et que ce n'est pas en restant assis à glander et à fumer du shit que ça va faire bouger les choses. Il faut leur faire comprendre qu'ils valent aussi bien et même mieux que les autres (parce qu'ils partent de plus bas), et qu'ils peuvent s'ils s'en donnent les moyens agir "dans le bon sens". Arrêtons de ne voir en eux que des victimes à qui il faut tendre une main charitable, mais voyons les plutôt comme les acteurs du changement, ça serait une preuve de considération de leur intelligence.
Tell me about the rabbits, George.

